Au Québec, les tournois de poker payants sont tolérés
Dès qu'un participant à un jeu de hasard court la chance de gagner ou de perdre de l'argent, il enfreint la loi, selon le policier communautaire de la Régie de police Roussillon, René Fleury.
Il entre en contradiction avec l'article 201 du Code criminel qui le rend passible d'un emprisonnement maximal de deux ans. "C'est autant vrai pour le locateur de la salle ou le propriétaire des lieux que celui qui tient les cartes", précise le policier.
Or, présentement, de nombreux tenanciers de bars de la région proposent à leurs adeptes des tournois de poker payants. Ceux-ci profitent d'un engouement réel des amateurs et d'un flou juridique.
Ce n'est pas illégal, disent les propriétaires ces établissements. Leur astuce est la suivante : les joueurs paient leur mise avant le début du tournoi et la bourse est remise à la fin de la soirée au vainqueur. "Il n'y a pas d'argent sur les tables, c'est ce qui les (policiers) embête. Il n'y a pas de loi qui interdit cela", précise un tenancier de bar sous le couvert de l'anonymat.
Un autre problème des autorités, c'est de trouver un motif raisonnable pour entrer sur les lieux et constater l'effraction. "Notre moyen pour entrer dans la bâtisse, c'est de vérifier le permis d'alcool du bar et de prendre les personnes présentes en flagrant délit", dit M. Fleury.
C'est un peu comme le jeu du chat et de la souris. Le temps que la police arrive, le tournoi est arrêté.
Les tenanciers de bar se protègent en ne chargeant pas de droit d'entrée aux joueurs. "Ça devient illégal lorsqu'il y a un meneur de jeu qui garde une partie des profits ou qui charge un droit d'admission", note Jean-Pierre Roy, directeur des communications pour Loto-Québec.
Les tournois entre amis dans des maisons privées sont donc tolérés si aucun des compares n'enfreint cette règle. Sinon, ça devient une maison de jeu et l'article 201 du Code criminel s'applique. Il est aussi interdit de jouer en ligne où de créer un site Internet de jeu payant sur le web.
Prévention
Pour l'instant, le mot d'ordre à la Régie de police Roussillon est d'avertir les parieurs qu'il s'agit d'un acte illégal. La prochaine étape sera d'envoyer une lettre à tous les propriétaires de bars de la région. Celle-ci les avisera du caractère illicite des activités qu'ils tiennent.
"C'est un peu comme les excès de vitesse. On met des pancartes dans les villes, mais ce n'est pas obligatoire, car la loi stipule que la vitesse maximum est de 50 km/h à moins d'avis contraire, explique M. Fleury. Les lettres, c'est une courtoisie supplémentaire de notre part."
Pour les propriétaires d'établissements, le flou juridique et la tolérance des tournois de poker payant se poursuivront aussi longtemps que la loi ne sera pas changée ou précisée. "On n'a pas le droit de traverser sur une lumière rouge, mais tout le monde le fait et personne ne reçoit de billet d'effraction pour cela. C'est la même chose pour nos tournois", dit un d'entre eux.
M. Fleury n'est pas en accord avec cette interprétation. "Tant que la loi n'est pas modifiée, c'est notre travail de l'appliquer", argue-t-il.
La situation évoluera sous peu car Loto-Québec a fait une demande au gouvernement du Québec afin de rendre légal le poker dans ses casinos. La réponse devrait venir dans les prochains mois.
Extrait de presse, Le Reflet
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